– Tu dois accepter ton pouvoir, disait Bree. Le laisser couler en toi.
Jace inspira et mit à son tour ses jambes en tailleur. Face au loch, il cherchait la quiétude intérieure dont Bree lui parlait. Sa main droite était crispée sur un fusain tandis que l’autre plaquait la pochette avec les feuilles sur ses genoux.
– Il y a un Oracle en toi qui ne demande qu’à s’exprimer. Laisse-le parler.
Jace ferma les yeux et fouilla en lui, si l’on pouvait réellement faire une telle chose. Il tenta de se rappeler les fois où ce qu’il avait dessiné s’était produit. L’image de la petite Sarah, renversée par une voiture, lui vint immédiatement en mémoire et il tressaillit.
– Je n’y arriverai pas, dit-il en rouvrant les yeux et en s’affaissant.
– Reste droit, le réprimanda Bree. Et positif. Si tu es persuadé que tu vas échouer, alors tu échoueras.
– Tu en as d’autres, des maximes dans ce style ? ironisa Jace d’un air mauvais.
La Selkie claqua de la langue et, d’un regard, lui intima d’essayer encore. Jace soupira, mais s’exécuta pourtant. Il ferma de nouveau les paupières et se concentra.
– Essaye d’imaginer comme… une lueur. Il y a une lumière en toi, elle brille doucement. Va la chercher. Prends-la dans tes mains. Et laisse-la parler.
L’Oracle fronça les sourcils. Si c’était un genre de méditation, force était d’admettre que ça ne l’aidait pas à se détendre. Il ne savait pas où Bree allait chercher cette histoire de lueur, mais il n’y avait rien en lui, sinon des milliers de points d’interrogation sur ce qu’il était et sur ce qu’on attendait de lui.
– Quand je vais dans le passé, continua la Selkie, la lueur m’accompagne. Elle est ma guide, celle qui me ramène toujours à bon port.
– Je ne vois aucune lumière…
Bree grogna malgré elle. Elle s’était figurée que, puisque tous deux reliés au temps, leurs dons respectifs pouvaient fonctionner de la même manière. Lorsqu’elle remontait le cours du temps en esprit, la Selkie s’était toujours sentie accompagnée par une lueur chaude et bienveillante. Comme un phare au milieu d’une tempête, elle la guidait à travers les âges et la ramenait dans le présent lorsque Bree le décidait. Il lui avait fallu plusieurs années pour maîtriser parfaitement son don et, si elle avait eu plusieurs ratés au début, elle pouvait désormais voyager dans le passé quand elle le souhaitait.
Debout à côté de lui, elle observait Jace qui avait les doigts toujours crispés autour de son fusain. Tendu ainsi, il n’y arriverait jamais.
– Détends-toi, lui souffla-t-elle le plus doucement possible.
– Facile à dire, alors que tu tournes autour de moi depuis une heure !
Il se montrait enfin, l’américain grossier que Bree appréhendait. Elle avait envie de lui tordre l’oreille pour lui inculquer une leçon de politesse.
– Oh… je vois quelque chose !
Bree arqua les sourcils et se mit à sa hauteur.
– Qu’est-ce que c’est ?
– Moi qui fonce dans le mur de l’échec ! s’exclama Jace.
L’amérindien se releva, saisit un galet et le jeta dans le loch de toutes ses forces. La Selkie prit sa tête dans ses mains, désespérée. Ils essayaient depuis plusieurs heures déjà, et le manque de motivation de Jace commençait sérieusement à l’agacer.
– Rassieds-toi et recommence, lui ordonna-t-elle. Nous ne partirons pas d’ici tant que tu n’auras pas dessiné quelque chose, même si c’est une licorne sur le dos d’un dragon !
– Pourquoi c’est toi qui te charges de ça, hein ? Qu’est-ce que tu y connais, en divination ? Tu es un phoque ! Capable de voyager dans le passé, certes, mais un phoque tout de même !
Bree sentit la moutarde lui monter au nez. Une seule personne sur Terre avait le droit de lui crier dessus : Alisdair. Parce que c’était son mentor, son ami. Elle allait répliquer, mais Jace poursuivit :
– Ne peut-on pas trouver un autre Oracle qui pourra m’apprendre à utiliser mon pouvoir ou mieux encore, m’en débarrasser ?
Une bourrasque glaciale chassa la colère de Bree. L’en débarrasser ? Voilà qui expliquait pourquoi Jace n’arrivait pas à voir.
Il ne voulait rien voir.
Son don était, pour lui, une malédiction.
– Jace, dit doucement la Selkie en faisant un pas vers lui. Tu ne peux pas renier qui tu es, pas plus que je ne peux nier qui je suis. Ce don fait partie de toi, et…
– Et si je n’en veux pas ? Voir l’avenir, n’est-ce pas la chose la plus horrible qui soit ? Savoir que des évènements terribles vont se produire et qu’on ne peut rien faire pour les empêcher ?
Sa voix tremblait et Bree ne parvenait pas à savoir si c’était à cause de la colère ou de la peur. Jace était la première personne avec qui elle passait du temps depuis une éternité et elle n’avait jamais bien su lire les émotions sur les visages. Il semblait perdu, c’est tout ce qu’elle pouvait dire. Sa mâchoire était crispée, ses poings serrés, tandis que ses yeux, égarés dans l’immensité du lac, reflétaient sa tristesse.
– Voir le futur c’est peut-être, justement, le pouvoir de le transformer un peu, dit la Selkie en se postant à côté de lui face au loch. Le passé est immuable, mais l’avenir, lui, est un champ de possibilités.
C’était, du moins, ce qu’elle avait lu dans les livres. Les Oracles n’avaient jamais défini le futur comme quelque chose de statique, mais plutôt comme un arbre aux branches tortueuses et infinies qui s’envolaient chacune vers un avenir possible.
– Si ce que tu dis est vrai, alors j’aurais pu sauver Sarah, murmura Jace.
Bree devina que la petite fille le hantait. Pas à la façon d’un véritable fantôme, mais comme une marque indélébile dans sa mémoire. La Selkie s’y connaissait en spectres et en esprits, mais, malheureusement, elle ignorait comment soigner les blessures de l’âme.
D’une façon ou d’une autre, Jace devait prendre conscience de sa valeur. Comprendre que, tant qu’il ne maîtriserait pas son don, il serait en perpétuel danger, ainsi que toutes les personnes autour de lui.
– La raison pour laquelle aucun autre Oracle ne peut t’apprendre à utiliser ton pouvoir, commença Bree, c’est parce qu’il n’y en a pas. Tu es le seul, Jace. Le dernier de ton espèce. Le dernier Oracle.
Jace tourna vers elle une moue étonnée, les sourcils arqués par la surprise de la révélation. La Selkie ne pouvait pas en rester là, aussi lui raconta-t-elle tout ce qu’elle savait sur les Oracles et l’histoire de leur massacre. Comment, après des siècles de bonne entente, Nostradamus avait tout fait basculer.
– En choisissant de s’allier à une humaine, une catholique très pratiquante de surcroît, Nostradamus a envoyé un message de guerre à toute la communauté magique. Les Oracles, qui vivaient jusqu’alors en communion parfaite avec les autres, se sont vus chassés de leurs terres et exterminés. Ils étaient considérés comme dangereux, peu fiables, prompts à se retourner contre les autres créatures magiques. Leur connaissance du futur les a aidés, un temps, à se cacher. Mais la BPCM de l’époque a tout fait pour les débusquer et… ils n’ont laissé aucun survivant.
L’amérindien écarquilla les yeux, choqué. C’était une chose de se découvrir visionnaire du jour au lendemain, c’en était une autre d’apprendre que tous ses semblables avaient été victimes d’un génocide. Loin de rassasier ses interrogations, cela ne faisait que lever encore plus de doutes dans son esprit. Si tous les Oracles avaient disparu, quelle pouvait donc bien être la réponse au mystère de son existence ?
À cela, Bree avait une hypothèse toute trouvée :
– Je crois que tes origines amérindiennes peuvent expliquer beaucoup de choses. Les tribus cheyennes, apaches et les autres n’ont jamais vraiment pris part à ce genre de conflit. Il y avait sûrement un Oracle parmi tes ancêtres, un aïeul qui aura échappé au génocide. Le Don peut tout à fait sauter plusieurs générations. Cela expliquerait aussi pourquoi ta mère a tout de suite su vers qui se tourner pour demander de l’aide.
– Au contraire, cela ne prouve rien ! s’exclama Jace, complètement déboussolé. Pourquoi ma mère aurait-elle réclamé la protection des personnes qui ont exterminé les Oracles ? D’ailleurs, ne fais-tu pas partie de cette même brigade ?
Bree poussa un long soupir. Elle se doutait qu’en dévoilant à Jace une partie de ses origines, elle devrait elle aussi rendre des comptes.
– Je n’ai pas participé au massacre de ton espèce, si c’est là ta question ! Je n’étais pas née, quand tout cela s’est produit, et quand bien même ! Les Selkies aussi sont en voie de disparition à cause du trafic de fourrure perpétré par les humains. Aider à un génocide n’a jamais été dans mes plans.
« Quant à la BPCM, elle a changé. Le massacre des Oracles date d’il y a plusieurs siècles et ses instigateurs sont morts depuis longtemps. Nous œuvrons pour le bien, désormais, et pour la protection de toutes les créatures magiques. Ta mère a eu raison de demander notre aide. »
Bree choisit de taire l’implication d’Alisdair dans cette affaire. Ce dernier n’était encore qu’un jeune agent lorsque le génocide avait eu lieu et il n’avait fait que suivre les ordres. Même si ses actes étaient discutables, c’était une tout autre époque.
– Alors… je suis vraiment le seul ? demanda Jace. Le seul sur Terre capable de voir l’avenir ?
Bree hocha la tête doucement et plongea son regard sombre dans le sien. Elle aurait aimé savoir quoi dire pour apaiser ses peurs. Savoir quoi faire pour le rassurer. Mais ils n’avaient pas le temps pour ça.
– Le meilleur moyen pour toi de garantir ta protection, c’est d’apprendre à utiliser ton pouvoir. Si tu peux voir d’où vient le danger, alors tu n’auras plus besoin de moi et…
– C’est donc pour ça ? s’énerva Jace. Tu veux te débarrasser de moi, en réalité ! Retourner à ta petite vie d’agent secret sans moi pour te coller aux basques.
– Jace, ce n’est pas ce que je voulais dire, je…
– Je sais très bien ce que tu voulais dire, Bree ! Laisse tomber.
Il se détourna d’elle et, d’un pas vif, prit le chemin de l’auberge.
Bree soupira longuement. Si elle était peu douée pour le dialogue, son jeune ami était, quant à lui, affreusement susceptible. Jusqu’à lors, elle n’avait connu que le Jace joyeux et serviable. Elle sentait que le Jace boudeur et rageur allait profondément l’énerver.
Elle le suivit, consciente que, plus que jamais, elle ne pouvait pas le laisser seul.
Une fois à la taverne, Jace monta directement se coucher. Lasse, Bree s’installa au comptoir et s’étira. Elle était encore tout engourdie de leur matinée sur la route et, si elle désespérait de prendre du repos, elle voulait laisser un peu d’air à Jace.
– Querelle d’amoureux ?
Bree jeta un regard lourd de sens à Franck, qui lui rendit pourtant un sourire moqueur.
– Nous ne sommes pas… ensemble, grogna-t-elle.
– Je sais, je te taquine. J’ai fini par comprendre que tu n’étais pas du genre à ramener tes conquêtes.
Bree souffla du nez. Pour ramener des conquêtes, il faudrait déjà qu’il y en ait. Sa dernière amourette remontait à plusieurs dizaines d’années, lorsqu’elle vivait à Londres. Ou peut-être était-ce au siècle dernier ? Quoi qu’il en soit, cela était il y a si longtemps que Bree peinait à se rappeler ce que ça faisait, d’aimer quelqu’un.
– Tu m’as tout l’air d’avoir besoin d’un petit remontant, dit Franck en se glissant derrière le bar. J’ai ce qu’il te faut.
Le Brownie posa un verre devant elle et le remplit d’un liquide doré au parfum tourbé.
– Un Ardbeg, quinze ans d’âge, lui annonça Franck. Un de mes meilleurs whiskys et…
– Mon préféré, acheva Bree.
Elle porta le breuvage à ses lèvres et en sirota une gorgée. L’arôme puissant du café et du poivre noir s’insinua sur sa langue pour glisser dans sa gorge, marque de feu qui la réchauffa de l’intérieur. Une deuxième vague de saveur saisit ses papilles, lui laissant un goût de sel de mer et de chocolat noir.
Franck se servit un verre et s’installa en face d’elle. Il allait lui poser une question quand un moineau en origami vint se percher sur l’épaule de Bree.
Pressée de découvrir s’il s’agissait d’un message d’Alisdair, la Selkie le déplia.
Ai reçu la facture de M. En ai conclu que tu as quitté la ville. Suis passé à ton appartement, c’est un sacré bordel. Espère que tu vas bien et que tu passes de bonnes vacances avec ton ami. Ton cadeau d’anniversaire va mettre un peu plus de temps que prévu à arriver, alors prends quelques jours de plus.
On reste en contact.
A.
Évidemment, le message était le plus vague possible. Cela ne pouvait signifier qu’une chose : Alisdair craignait son interception. Bree soupira et prit une nouvelle gorgée de whisky. Son appartement, un sacré bordel ? Les Elfes Noirs avaient dû le fouiller de fond en comble. Et le cadeau d’anniversaire ? Bree devina qu’il devait s’agit du rapatriement de la mère de Jace et de la création d’une fausse identité pour elle et l’Oracle. Décidément, rien ne se passait comme prévu.
En à peine quelques minutes, elle avait fini son verre, et regretta de ne pas avoir plus pris le temps de le savourer. Franck la resservit et plongea son regard bleu dans le sien :
– Tu n’es pas en vacances, hein ? lui demanda-t-il.
– Nope.
– Et tu ne peux pas me dire ce qui t’amène.
Bree secoua la tête. Hors de question qu’elle lui parle de Jace. Il y avait une chose, en revanche, dont elle pouvait discuter avec son vieil ami.
– Que sais-tu sur les Fairy Pools ?
Le lendemain matin, Bree décida de laisser dormir Jace. La veille, elle était montée plus tard que prévu, après un verre ou deux de trop bus en compagnie de Franck. Ce dernier ne lui avait, malheureusement, pas appris grand-chose de nouveau sur les Fairy Pools. En tant que tavernier, il avait entendu toutes sortes de choses étranges à leur sujet, mais serait damné si l’une d’entre elles s’avérait vraie ! Ce qui revenait le plus souvent dans les conversations était que les Fées du bassin ne se montraient qu’à la pleine lune et qu’elles détenaient un secret ancestral. Quel genre de secret, en revanche, Franck ne sut le dire à Bree.
Le lieu gardait encore tout son mystère et, plus que jamais, Bree souhaitait s’y rendre pour voir de quoi il retournait.
Lorsque Jace descendit enfin, Franck venait tout juste de sonner l’heure du déjeuner. Bree ouvrit la bouche pour lui demander s’il avait bien dormi, mais un seul regard du jeune homme l’en dissuada. Sa colère de la veille ne semblait pas avoir disparu, aussi Bree haussa-t-elle les épaules et lui tendit une assiette de toasts.
– On part dans une heure, lui dit-elle simplement.
Jace hocha la tête et entama son repas. Une heure plus tard, l’Oracle et la Selkie étaient prêts à partir.
Tandis que Jace se dirigeait vers la voiture avec leurs sacs, Bree salua chaleureusement Franck qui lui fit promettre de revenir bientôt. Elle acquiesça en songeant qu’après avoir résolu l’affaire des contrebandiers et rendu Jace aux bons soins d’Alisdair, elle pourrait effectivement prendre de vraies vacances. Malgré le fait qu’elle fût en pleine forme, la Selkie se sentait fatiguée et lasse. Deux semaines de repos lui feraient le plus grand bien.
Dans la voiture, Jace continua de jouer au roi du silence. Il ne desserra pas les lèvres, même lorsque Bree lui tendit une bouteille d’eau en lui demandant s’il avait soif. Alors qu’ils dépassaient Fort William et que le soleil disparaissait entre deux montagnes, la Selkie se décida à engager la conversation :
– Tu vas bouder encore longtemps ?
– Le temps nécessaire.
– Bravo. Très mature, le félicita-t-elle avec ironie. Ce que je dis ne te plaît peut-être pas, mais c’est la vérité. Je ne serai pas toujours là pour garder tes arrières ! Ce monde est impitoyable et tu dois appendre à te protéger seul. La meilleure façon d’y arriver est d’exploiter tes forces. En ce qui te concerne, c’est ton don !
Jace crispa davantage ses doigts autour du volant. Au fond de lui, il savait que Bree avait raison, mais il refusait de l’admettre. Depuis son entrée fracassante dans le monde magique, la jeune femme était tout ce qu’il avait connu, et il avait pensé, à tort peut-être, qu’elle serait sa garde du corps… pour toujours ! Si elle était loin de ce qu’il s’était figuré, la vie avec Bree avait au moins le mérite de ne pas être ennuyeuse. Jace avait compris, sans qu’on le lui dise, qu’il ne pourrait jamais aller aux Beaux-Arts de Paris ni ouvrir sa propre galerie. Sans nouvelle perspective d’avenir, le jeune homme était plus perdu que jamais.
La veille, seul dans la chambre de la taverne, il avait encore une fois tenté d’invoquer son don. Et, d’une certaine manière, il avait enfin réussi ! Cependant, ce qu’il avait dessiné l’avait empêché de fermer l’œil de la nuit. L’Oracle avait vu Bree, étendue au bord du même lac que l’autre jour, les yeux écarquillés, mais vides de vie, une silhouette encapuchonnée penchée sur elle.
Pour Jace, cela ne faisait aucun doute. Il avait vu que la Selkie allait mourir. Quand et comment, en revanche, c’était une tout autre histoire. Mais si le futur était bel et bien un arbre de possibilités, alors il allait tout faire pour empêcher que cela arrive.
La nuit tomba brutalement sur la route, plongeant les deux voyageurs dans une obscurité épaisse que seuls les phares de la Mini Cooper parvenaient à percer. Bree estima qu’ils étaient encore à deux bonnes heures de Portree, la capitale de l’île de Skye où ils devraient passer la nuit. Alors qu’elle s’apprêtait à dire à Jace de s’engouffrer sur la route de gauche, le moteur de la voiture crachota dans un vrombissement de l’enfer et s’arrêta soudainement.
Le silence s’abattit sur les deux compagnons. Jace avait tout juste eu le temps de garer la Mini sur le bord de la route. Il tourna la clé, encore et encore, mais la voiture refusa de redémarrer. Bree pesta et ouvrit la portière, décidée, même si elle n’y connaissait rien, à regarder sous le capot et à réparer l’auto.
À peine eut-elle mis un pied dehors que le froid intense la saisit. Une bourrasque glaciale la frappa de plein fouet, défaisant quelques mèches de sa couronne de tresses. Jace la rejoignit et observa les alentours.
Pas une maison, pas une trace de civilisation à l’horizon. Les deux voyageurs étaient dans l’Écosse la plus profonde, sur une route sinueuse entre deux montagnes, à des dizaines de kilomètres de la ville la plus proche.
Les phares de la voiture faiblirent un peu, jusqu’à s’éteindre totalement, les plongeant dans le noir complet. Jace décida qu’il était temps pour lui de cesser de bouder.
– Bree… Je dois admettre que je ne suis pas très rassuré et…
– Tais-toi ! lui intima la Selkie en chuchotant.
Elle tendit l’oreille, certaine d’avoir entendu quelque chose venant de quelques mètres devant eux. Le son résonna une nouvelle fois, plus proche et plus intense. Jace l’entendit aussi et se rapprocha de Bree, peu rassuré.
– Qu’est-ce que c’est ?
Un hurlement déchira soudain le silence. Un hurlement de souffrance. Un hurlement de désespoir.
Le hurlement d’une Banshee.