Chapitre 21

 

Le Réveil

 

 

Le sol trembla une nouvelle fois. Les agents de la BPCM et l’Oracle pressèrent le pas.

En sortant de la tour où ils laissèrent, à regret, les animaux dans leurs cages, ils dévalèrent les escaliers qui menaient jusqu’aux rives du Loch Ness. Dans l’obscurité, Jace manqua de s’écrouler sur Trudy en ratant une marche. Cette dernière le rattrapa de justesse et murmura à son oreille :

– Toutes les occasions sont bonnes pour me tomber dessus, pas vrai ?

Son sourire étincelant perça les ténèbres et Jace rougit. Le Succube l’intimidait et il ne comprenait pas comment, alors que la tension était à son comble, elle était encore capable de faire de l’humour.

L’Oracle regarda devant lui. Bree menait le groupe, les traits tirés par une expression qu’il ne lui connaissait pas. La mélancolie avait complètement déserté ses prunelles qui brillaient désormais du feu de la colère. Jace aurait tant aimé qu’il s’agît de sa peau, dans la malle. La tristesse profonde qui avait empreint son amie au moment où elle avait réalisé que ce n’était pas la sienne resterait longtemps gravée dans sa mémoire. L’amérindien se promit que, s’ils s’en sortaient vivants, il aiderait Bree à faire la lumière sur son passé.

Après tout, il lui devait bien cela.

– Regardez ! s’exclama Gale en chuchotant alors qu’ils continuaient de descendre.

Tout le monde se tourna dans la direction qu’il leur indiquait. Bree serra les poings, se retenant de toutes ses forces de ne pas se jeter sur son ennemie pour la noyer dans les eaux du Loch Ness.

La Sorcière se tenait face au lac, sur une plage de galets, au milieu d’un pentacle de glyphes complexes dessinés dans le sol. Sa cape noire recouvrait toujours ses épaules et sa tête, masquant ses traits. Quelques mètres derrière elle, le Djinn tenait la petite Fée dans son bocal. La pauvre reposait au fond du verre et la lueur bleue qui la caractérisait semblait s’être éteinte.

Le cœur de la Selkie se serra tandis qu’elle adressait une pensée à l’Ondine des Fairy Pools. Elle ne pourrait pas lui ramener sa Fée.

Si, pour le moment, leurs ennemis ne s’étaient pas aperçus de leur présence, ils ne tarderaient pas à le faire. La plage était à découvert et n’offrait aucun endroit où se cacher. De même, le terrain était peu propice au combat. La crique, petite et étroite, était encerclée d’une végétation haute et tortueuse. Nombre d’arbres morts reposaient sur la rive, rendant n’importe quel passage difficile.

Bree réfléchit à toute vitesse. Le temps leur était compté. Inutile d’être un génie pour deviner ce que signifiaient les glyphes au sol : visiblement, la Sorcière avait obtenu ce qu’elle désirait de la Fée. Le secret pour réveiller le monstre du Loch Ness avait été révélé. Et, à la façon dont elle psalmodiait face au loch, les bras tendus vers la surface miroitante, elle ne tarderait pas à achever le rituel.

La Selkie se retourna. Derrière elle, Gale et Trudy étaient arrivés à la même conclusion qu’elle et s’étaient d’ores et déjà mis en posture de combat. Jace, lui, avait le regard hagard, comme perdu dans des limbes inaccessibles. Bree s’avança vers lui.

– Je veux que tu te caches, murmura-t-elle.

– Mais…

– Mais rien du tout. C’est trop dangereux, et nous ignorons de quoi cette Sorcière est capable.

– Alors, n’y va pas non plus ! Bree…

La voix de Jace se brisa et la Selkie plongea ses yeux dans les siens, étonnée. Elle n’avait jamais vu l’Oracle ainsi. Il semblait en proie à une tempête intérieure. Sa lèvre tremblait et son front, si lisse d’ordinaire, était plissé par l’inquiétude.

– Bree, c’est ici que tu meures.

Il avait chuchoté de façon à ce qu’elle seule puisse l’entendre. Une nouvelle vision venait de le frapper, à l’instant même où il avait aperçu la Sorcière sur la rive. L’endroit était bel et bien celui de son dessin et une certitude brûlait en lui.

Si Bree descendait sur cette plage, elle ne remonterait jamais.

Contre toute attente, Bree lui offrit un ultime sourire et le prit dans ses bras.

– Je regrette de ne pas avoir de potion de sommeil à te donner, pour être sûre que tu ne me suivras pas, cette fois, murmura-t-elle à son oreille. Ne t’inquiète pas pour moi, Jace. Je m’en sors toujours. Cache-toi, à présent. Et, quoiqu’il advienne, ne te montre pas.

Si la voix de Bree était douce, elle était aussi sans appel. En s’écartant de lui, elle lui montra la carcasse d’un arbre sur la droite et lui enjoignit de se glisser derrière. La mort dans l’âme, l’Oracle s’exécuta.

L’agente se retourna vers ses collègues qui, d’ordinaire si moqueurs, la gratifièrent d’un silence respectable. Bree surprit tout de même un clin d’œil de la part de Trudy et un sourire entendu de celle de Gale.

– Tu es prête ? demanda l’Incube en dégainant son arme, un long katana qu’il coinçait toujours dans son dos.

Bree acquiesça et fourra les mains dans les poches de son trench pour en sortir ses grues explosives. Ses doigts rencontrèrent le faucon offert par Alisdair. Était-ce le bon moment pour l’envoyer ? Le demi-Géant parviendrait-il à arriver à temps ? Et surtout, à quel genre de renfort voulait-il faire appel s’il devait éviter leurs collègues de la BPCM ?

– Qu’est-ce que c’est ? demanda Trudy.

– Un cadeau, à utiliser en cas d’urgence, répondit Bree. Mieux vaut mettre toutes les chances de notre côté, non ?

Sans attendre la réponse de sa collègue, la Selkie souffla sur l’oiseau de papier. Le faucon étira ses ailes, puis s’envola dans le ciel nocturne.

Bree espérait seulement que, peu importe l’aide qu’elle venait de demander, elle arriverait à temps.

– Allons-y.

 

Gale, Trudy et Bree descendirent les dernières marches avec prudence. Ni le Djinn ni la sorcière ne les virent approcher.

D’un accord tacite, ils demeurèrent dans l’ombre le plus longtemps possible. Bree tendit l’oreille. Devant elle, après une troisième secousse, la silhouette sombre était devenue silencieuse.

Arrivaient-ils trop tard ? Venait-elle d’achever le rituel ?

Les agents échangèrent un regard. Le protocole de la BPCM stipulait qu’avant de passer à l’attaque, ils devaient leur laisser une chance de se rendre. Tous, cependant, possédaient encore le souvenir frais de la découverte des créatures dans la tour. Une colère sourde bouillonnait en chacun d’entre eux et ils savaient combien leur ennemi était dangereux. L’effet de surprise était leur meilleur atout. Ils devaient en profiter.

En tant qu’agente la plus expérimentée, Bree donna le signal de départ. Tandis qu’elle hochait la tête, Gale et Trudy se précipitèrent sur le Djinn et la Selkie envoya une première grue sur la Sorcière.

Cette dernière tourna la tête au moment où la grue entrait dans le pentacle. D’un geste parfaitement maîtrisé, elle l’arrêta d’une main et la serra dans sa paume. Puis, elle écarta les doigts, laissant tomber la cendre du papier brûlé sur les galets.

– De la compagnie ? s’étonna-t-elle à voix haute. Hilgins ?

Bree jeta un coup d’œil au Djinn, déjà submergé par les attaques des jumeaux démoniaques. Il avait sorti une longue épée pour se défendre, mais Trudy et Gale étaient vifs et hargneux, ne laissant aucune ouverture au génie pour répliquer. Leurs katanas tournoyaient à une vitesse ahurissante et ce dernier se retrouva rapidement acculé contre une souche morte.

Profitant d’un moment d’inattention de la part de son adversaire, Bree tenta le tout pour le tout et se rua sur elle. Elle voulut la faucher au niveau des hanches. D’une habile torsion, son ennemie se détourna et saisit la Selkie par les cheveux. Bree manqua de perdre son équilibre, mais envoya un puissant coup de coude dans l’abdomen de son adversaire. Le souffle coupé, cette dernière la lâcha et Bree recula de quelques pas.

Elle regretta soudain de ne pas avoir d’épée ou d’arme véritable. Mis à part le bâton électrique qui pendait à sa ceinture et les grues dans sa poche, elle ne possédait rien d’autre pour se battre.

Elle observa brièvement la silhouette, toujours encapuchonnée. Elle devait savoir ce qui se cachait là-dessous. Elle voulait voir, au moins une fois, le visage de son ennemie.

Alors qu’elle allait tenter une attaque, la Sorcière passa à l’offensive la première. Une fine lame coula le long de sa manche et elle la lança sur la Selkie. Le geste était parfait et aurait dû atteindre l’agente en plein milieu du crâne. Mais cette dernière, aguerrie à l’exercice et rapide comme l’éclair, s’écarta de la trajectoire de l’arme et l’attrapa par le manche en plein vol.

– Merci, dit-elle avec un air narquois. J’avais besoin de ça.

Elle s’élança. Malheureusement pour elle, ce n’était pas le seul poignard que possédait la Sorcière. Elle déviait chacun de ses coups avec une rapidité impressionnante, et la Selkie se demanda si elle pourrait vraiment venir à bout de son ennemie.

Bree s’efforçait de ne pas trahir sa blessure de la veille, encore douloureuse. Alors qu’elle tentait d’asséner un atémi dans les côtes de la Sorcière, cette dernière attrapa sa cheville et, d’une torsion du poignet, l’envoya au sol. Bree roula pour ne pas se retrouver sur le ventre, le dos tourné à son adversaire. Elle se risqua à regarder de l’autre côté de la plage, où le Djinn avait été rejoint par une poignée de Bonnets-Rouges qui tenaient désormais les jumeaux en échec.

Elle espérait que les renforts ne tarderaient pas trop.

– Je n’apprécie pas tellement être interrompue, grinça la Sorcière tandis que Bree se redressait pour lui faire de nouveau face.

– Ce que tu apprécies ou pas, je m’en moque. Ce que tu fais, en revanche, me dérange au plus haut point.

La Selkie passa à l’attaque. Alors qu’elle cherchait à atteindre la Sorcière sur son flanc gauche avec son poignard, elle envoya discrètement une grue sur sa poitrine. Déconcentrée, son adversaire n’eut pas le temps d’intercepter l’oiseau, qui explosa dans une gerbe d’étincelles.

Bree s’était écartée juste à temps. La cape de la Sorcière prit feu et cette dernière dut se débattre avec les flammes. Un Bonnet-Rouge se rua sur la Selkie, mais l’agente l’envoya dans les eaux ténébreuses du Loch Ness en l’attrapant par le cou. Elle plissa les yeux.

Son ennemie la toisait d’un air mauvais, désormais débarrassée de sa carapace noire. De lourdes boucles cuivrées tombaient sur ses épaules nues et couvertes de tatouages. Le regard de Bree glissa le long des glyphes qui agrémentaient son corps. Elle n’avait jamais rien vu de tel. Ses vêtements étaient simples et sombres ; un débardeur charbonneux aux fines bretelles sur un pantalon et des bottes hautes. Puis, elle détailla brièvement son visage. Quelques taches de rousseur parsemaient ses joues, à peine visibles sous la lumière blafarde de l’astre lunaire. Ses yeux, en revanche, d’un vert profond, s’ancrèrent en Bree.

La lune, encore presque pleine, sortit de derrière un nuage et éclaira brièvement la plage. La Selkie sentit un rayon lui caresser le visage.

– Breena ? souffla la Sorcière.

Bree arqua un sourcil. Comment connaissait-elle son véritable prénom ? À part Alisdair, personne ne l’appelait jamais ainsi.

Bree plissa les yeux. Qui était donc la femme qui lui faisait face ? Comment pouvait-elle la reconnaître alors que, la Selkie en était certaine, elles ne s’étaient jamais vues ?

Elle n’eut pas le temps d’y réfléchir davantage. Bouillonnante de rage, la Sorcière se jeta sur elle et l’attaqua de toutes ses forces.

Bree fut vite submergée. Pourtant combattante aguerrie, son adversaire semblait ne posséder aucun point faible. Elle gémit quand l’Enchanteresse frappa du poing son épaule blessée. Elle évita un coup qui aurait dû l’éventrer et recula d’encore quelques pas. Son cerveau moulinait à toute vitesse. Il fallait qu’elle trouve une solution, et vite !

Voyant que sa collègue était en mauvaise posture, Trudy laissa son frère s’occuper du Djinn et vint au secours de Bree. Son katana mortel entra dans la danse de la Selkie et de la Sorcière. Un instant, Bree crut que le Succube pourrait inverser la tendance. Un instant, un filet d’espoir éclaircit son horizon.

Consciente qu’elle perdait l’avantage, la Sorcière frappa soudain du poing un de ses tatouages, sur son épaule droite. Les Bonnets-Rouges qui étaient assommés au sol se relevèrent, assaillant une nouvelle fois les trois agents de la BPCM.

Alors qu’elle saisissait son bâton électrique pour mettre les vieillards aux yeux rouges hors d’état de nuire, Bree réfléchissait. Elle n’avait jamais vu faire une telle chose auparavant. Quel genre de sorcellerie pouvait bien faire se relever des ennemis tombés au combat ?

Tout en bataillant, elle jeta un regard à l’Enchanteresse. Il lui sembla voir cette dernière tituber un instant : peu importait ce qui lui conférait ce pouvoir, il lui demandait beaucoup d’énergie.

Trudy fut la première à se dégager des Bonnets-Rouges. Bree la vit jeter un bref coup d’œil à son frère, qui se battait toujours avec le Djinn. Puis, sans doute convaincue qu’il ne risquait pas grand-chose, elle se rua sur la Sorcière, qui s’était retournée vers le Loch Ness et psalmodiait de nouveau.

Elle brandit son katana au-dessus de sa tête, prête à lui asséner un coup mortel. Elle n’en eut pas l’occasion.

Leur ennemie se retourna si rapidement que Bree perçut à peine son geste. Elle bloqua le poignet du Succube et serra si fort que Trudy laissa échapper un gémissement de douleur et lâcha son arme. La Sorcière rattrapa le katana au vol et, pivotant le manche entre ses doigts, le planta dans l’abdomen de sa propriétaire.

Le temps se figea. Trudy tituba, transpercée de part en part par sa propre épée. Gale, qui n’avait rien perdu de la scène, se mit à hurler. Offrant un ultime regard à son jumeau, Trudy s’écroula et ne bougea plus.

Une haine sans nom se déversa en Bree. Alors que Gale se précipitait à son tour sur la Sorcière, la Selkie attrapa le Djinn qui tentait d’arrêter l’agent. Elle le faucha au niveau des jambes. Profitant de son déséquilibre, elle l’agrippa par le cou et frappa violemment sa tête contre les galets. Un craquement sourd retentit sur la plage, recouvert par le cri de rage qui s’échappait encore de la gorge de l’Incube.

Tous les Bonnets-Rouges avaient de nouveau rejoint le sable. Sur la rive, ils n’étaient plus que trois, désormais. La Sorcière, Gale et Bree.

Bientôt, elles ne furent plus que deux.

Tandis qu’il arrivait à la hauteur de son ennemie, elle plongea au sol et roula sur la droite. Gale, qui avait amorcé son geste, se retrouva déséquilibré. La Sorcière récupéra un énorme galet sur la plage et lui asséna un coup puissant à l’arrière du crâne. Assommé, peut-être mort, Gale s’écroula aux côtés de sa sœur.

Bree haletait. Son adversaire venait de mettre hors d’état de nuire deux des meilleurs agents de la BPCM et elle ne semblait même pas essoufflée. Alors qu’elle se retournait vers la Selkie, cette dernière envoya ses ultimes grues et courut au-devant de la Sorcière, la dague brillant dans sa main.

La Sorcière attrapa le katana de Gale, resté au sol, et arrêta les oiseaux avant qu’ils n’aient pu exploser. Lorsque Bree arriva à sa hauteur, l’Enchanteresse évita le coup qui aurait dû l’égorger et ouvrit une profonde blessure dans la cuisse de la Selkie.

Bree hurla de douleur et tomba à genoux devant son ennemie. Elle voulut brandir de nouveau son poignard, mais la Sorcière arrêta son geste en enroulant ses doigts autour de la main de Bree. Comme elle l’avait fait pour Trudy, elle serra si fort que l’agente fut obligée de lâcher son arme.

– Eh bien, Breena, chuchota-t-elle d’une voix doucereuse. Notre combat est déjà terminé, semble-t-il.

Encore ce prénom, qu’elle brandissait comme une arme. Bree plongea son regard dans celui de son ennemie et tenta de forcer ses souvenirs. Si la Sorcière la reconnaissait, si elle connaissait son nom… L’avait-elle croisée lors d’une précédente mission ? Il y en avait eu tellement, l’agente aurait aisément pu oublier une telle rencontre. Pourtant, son redoutable instinct lui soufflait qu’il s’agissait d’autre chose.

La Sorcière brandit le katana au-dessus de sa tête, prête à l’abattre sur Bree. L’agente de la BPCM était à court d’issue, elle devait bien l’admettre. La poigne de son adversaire se faisait de plus en plus forte autour de son bras valide, et sa blessure à la cuisse l’empêchait de bouger. Tout ce qu’elle espérait désormais, c’était que Jace restât caché le plus longtemps possible, et…

– Lâche-la tout de suite !

 

Jace paniquait. La scène était terrible, insoutenable à contempler. Pourtant, toujours caché derrière son arbre mort, il ne pouvait détacher son regard de Bree.

Quand la sorcière avait tué Trudy, il avait retenu son souffle, incapable de bouger. Quand elle avait assommé Gale, il avait fermé les yeux, contenant un cri de désespoir. À présent qu’elle tenait la vie de Bree entre ses mains, l’Oracle se sentait mourir.

Il revit la petite Sarah se faire renverser par une voiture. Pourquoi n’était-il pas sorti de la maison pour l’empêcher d’aller sur la route ? Pourquoi s’était-il figé devant la mort ?

Jace inspira. Il avait perdu Sarah. Il ne pouvait pas perdre Bree. Peu importait ce que lui hurlait le destin et le contenu de ses visions.

Bree ne mourrait pas cette nuit.

Alors que la sorcière levait son katana, Jace descendit les dernières marches qui le séparaient de la plage et hurla :

– Lâche-la tout de suite !

La femme releva la tête, se désintéressant soudainement de la Selkie. Quand elle aperçut Jace, debout sur les galets, ses lèvres s’étirèrent en un sourire.

– L’Oracle… Décidément, la BPCM est encore plus stupide que je ne le pensais.

Elle saisit Bree par les cheveux et la jeta violemment sur le sol comme s’il s’agissait d’un vulgaire déchet. Jace entendit sa tête heurter les galets avec un bruit sourd. Il voulut courir près d’elle, mais la Sorcière lui barra la route.

– Je te cherche depuis longtemps, petit Oracle, et…

Elle s’interrompit. Devant elle, Jace avait écarquillé les yeux et tremblait de tout son corps.

– C’est moi, qui te terrifie à ce point ?

L’amérindien déglutit. Ce n’était pas de la Sorcière dont il avait peur, non.

C’était de la silhouette immense qui, crevant les eaux sombres, s’était élevée dans son dos.